Travel notebook
Kyrgyzstan: my first solo trip, camera in hand
A tent never used, a single night booked, a knot in the stomach the day before leaving. Then Bishkek, Amaury, yurts, river trout, and nine months of editing. What my first solo trip really taught me.
Je suis parti au Kirghizistan avec une caméra, une tente qui ne m'a jamais servi, un matelas gonflable resté au fond du sac, une première nuit réservée… et pas grand-chose d'autre.
C'était mon premier voyage solo. J'avais déjà vécu de grands voyages, notamment au Japon, mais jamais seul comme ça, dans un pays que je connaissais à peine, avec l'envie très claire de sortir de ma zone de confort. Le Kirghizistan m'attirait justement pour cette raison : ça sonnait aventure, montagnes, routes improbables, yourtes, grands espaces et imprévus.
Pendant longtemps, je pensais gérer. J'avais pris mes billets plusieurs mois à l'avance, je m'étais renseigné sur les lieux à voir, les treks possibles, les grandes étapes. Puis le stress est arrivé d'un coup, la veille du départ. Le vrai stress. Celui qui fait repasser mentalement tout ce qui peut mal tourner : la langue, l'organisation, l'arrivée à 4h30 du matin après une nuit blanche, le fait de n'avoir réservé que la première nuit, et cette impression étrange de partir vers quelque chose que je ne maîtrisais pas.
À Istanbul, pendant ma correspondance, j'ai compris que je ne pouvais plus vraiment faire marche arrière. C'est peut-être là que le voyage a commencé : pas encore au Kirghizistan, mais dans ce moment où j'ai dû accepter que je n'avais plus le contrôle.
Dans l'avion, j'ai découvert chez moi un talent assez inattendu : aller parler à tous les voyageurs qui avaient l'air de partir dans la même direction que moi pour essayer de me rassurer. Ironiquement, ça ne m'a pas vraiment aidé. Beaucoup semblaient avoir une organisation millimétrée, là où je n'avais qu'un début de plan et beaucoup de flou.
Puis l'avion a atterri à Bichkek. Et tout s'est évaporé.
Même les rabatteurs à l'aéroport étaient sympathiques. J'ai pris une marshrutka pour rejoindre le centre-ville, sans vraiment de difficulté, et d'un coup le voyage n'était plus une menace abstraite. Il était là, concret, vivant, presque simple.
Cette vidéo est le cœur de ce premier carnet. J'y raconte le Kirghizistan comme je l'ai vécu : avec ses routes interminables, ses montagnes immenses, ses imprévus, ses rencontres, ses repas partagés, ses nuits en yourte et ces moments où l'on comprend qu'on est exactement là où il fallait être.
Kyrgyzstan — one month solo, camera in hand
Mais derrière les images, il y a aussi tout ce qu'on ne voit pas toujours : les choix de matériel, les moments où je n'ai pas osé filmer, les plans que j'ai ratés, les rencontres qui ont changé l'itinéraire, et la difficulté de profiter d'un voyage tout en essayant de le raconter.
Avant de partir, j'avais posté un message sur un groupe Facebook de voyageurs au Kirghizistan. Je cherchais quelqu'un qui serait partant pour faire une randonnée avec moi. C'est comme ça qu'Amaury m'a répondu. On s'est retrouvés dans un café à Bichkek le premier jour.
Il est belge, déjà grand voyageur, parti seul en Inde, scout, débrouillard… mais finalement encore moins préparé que moi. Et c'est sans doute ce qui a rendu la suite aussi simple. On n'avait pas vraiment d'itinéraire strict. Plutôt des envies, quelques points d'intérêt, des objectifs, et la possibilité de partir chacun de son côté si ça ne fonctionnait pas.
Mais l'entente était trop bonne. On a fini par voyager ensemble pendant toute l'aventure.
Mon voyage solo n'a donc pas vraiment eu lieu comme je l'avais imaginé. Pourtant, je ne l'ai jamais vécu comme une défaite. Au contraire. Vivre ces moments à deux les a rendus plus drôles, plus simples, parfois moins chers aussi — partager un taxi ou une guesthouse, ça aide — mais surtout beaucoup plus riches. Le voyage solo se fera peut-être une autre fois. À moins que je retombe encore sur un acolyte de voyage.
Les nuits en yourte étaient rustiques, froides parfois, mais étrangement confortables. Quand on est épuisé, une grosse couverture devient vite un luxe absolu.
J'ai aussi énormément aimé la nourriture. Le lagman, évidemment, mais surtout cette truite pêchée directement dans la rivière. Peut-être le meilleur poisson de ma vie. Et partout, cette hospitalité. Nous arrivions souvent sans réservation, et nous avons toujours été accueillis comme des chefs. On a parlé avec des gens dans les marshrutkas, on a fait du stop, on a communiqué avec un anglais moyen, des gestes, des sourires. Je redoutais de ne pas réussir à me faire comprendre, et j'ai découvert qu'avec peu de mots, on peut parfois parler de choses étonnamment complexes.
J'ai filmé ce voyage d'abord pour moi. Parce que la vidéo est le meilleur moyen que j'ai trouvé pour me reprojeter dans un souvenir. Une image, un son et certains moments reviennent avec une intensité que les photos seules ne me donnent pas.
Je voulais aussi montrer aux autres, à ma famille, une vision réelle de ce que j'avais vécu. Pas une version fantasmée. Pas des images lissées ou perverties par l'IA. Juste le réel, avec ses maladresses, ses silences, ses hasards et ses rencontres.
Mais les plus beaux moments ne sont pas toujours dans la vidéo. Certaines interactions étaient trop fragiles, trop spontanées ou trop intimes pour que je sorte la caméra. Je ne voulais pas m'introduire dans la vie des gens avec mon projet. Je voulais rester naturel, profiter aussi. Peut-être qu'un jour je trouverai un meilleur dispositif pour amener la caméra plus facilement, sans casser la sincérité du moment.
Pour filmer, j'étais parti avec ma Sony FX30, un micro Rode, un Tamron 28-75mm f/2.8, un filtre ND variable, une GoPro Hero 9 avec filtres ND, et un DJI Mini 4 Pro, lui aussi avec filtres ND. Avec le recul, je ne laisserais rien à la maison. La FX30 n'a pas été trop lourde, le Tamron était parfaitement polyvalent, la GoPro m'a servi pour les moments spontanés, et le drone était indispensable pour rendre justice à l'échelle des paysages.
Mon vrai problème, ce n'était pas le matériel. C'était la quantité d'images. J'ai beaucoup trop filmé, et le montage m'a pris plus de neuf mois. Depuis, je réfléchis davantage à ce que je veux filmer, à la place que prend la caméra, à la manière dont je la sors, et au temps que tout cela demande.
Ce voyage m'a rendu plus détendu avec l'imprévu. Avant, ne pas avoir tout préparé me semblait risqué. Maintenant, je sais que le flou peut aussi laisser de la place aux bonnes rencontres. Je suis parti avec la peur au ventre, et je suis revenu avec de la fierté, de l'émerveillement, et cette sensation très forte d'avoir été capable.
À quelqu'un qui hésite à partir seul, je dirais simplement : fais-le. Une fois lancé, c'est beaucoup plus simple que ce qu'on imagine.
Et à quelqu'un qui veut filmer son voyage, je dirais : pense ton dispositif. Où est ta caméra ? Est-elle accessible ? Est-ce qu'elle t'aide à raconter ou est-ce qu'elle t'empêche de vivre ? Il ne faut pas forcément tout filmer. Il faut surtout filmer juste.
Je pensais revenir du Kirghizistan avec une vidéo de voyage. Je suis surtout revenu avec la preuve qu'on peut partir sans tout maîtriser, rencontrer les bonnes personnes, vivre des choses immenses, et raconter le réel à sa manière.